24.06.2009
Une question de dignité humaine.
Rien ne le prédestinait à être l'objet d'une discorde entre la France et la terre de ses ancêtres, aujourd'hui appelé Nouvelle Zélande, ni à devenir un objet de collection abrité derrière une vitrine du Muséum d'Histoire Naturelle de Rouen. Rien, si ce n'est les tatouages qui ornaient sa tête, un objet de convoitises de la part de collectionneurs venus d'Europe. Un trafic morbide où l'on volait les têtes des cadavres de guerriers maoris, ou pire, où l'on tatouait de jeunes esclaves au seul but de fournir une demande sans cesse croissante.
La tête était considérée en effet, comme la partie la plus sacrée du corps, et comme le tatouage faisait couler du sang, les artisans tatoueurs, les "tohunga-ta-oko", étaient des personnes particulièrement "tapu". Tous les Maoris de haut rang étaient tatoués et ceux qui ne l'étaient pas étaient considérés comme des personnes sans aucun statut social. Par ailleurs, le moko rendait le guerrier attirant pour les femmes. Le tatouage commençait dès la puberté, accompagné de beaucoup de rites et de cérémonies rituelles. L'instrument employé pour tatouer était un ciseau en os, soit avec un bord en dents de scie, soit avec un bord droit et très tranchant. La première opération du tatouage consistait à faire de profondes entailles dans la peau. Ensuite, on trempait le ciseau dans un pigment de suie, tel que la gomme brûlée de l'arbre indigène gomme, le Kauri ( grand conifère des forêts du nord de l'île du Nord, au fût élancé et à la couronne très haute, qui peut devenir géant ), ou bien la suie des chenilles brûlées. Ensuite, le pigment était martelé dans la peau. C'était extrêmement douloureux et très long ; souvent, on plaçait des feuilles de l'arbre indigène, le Karaka, sur les incisions boursouflées du tatouage pour accélérer la guérison. Les guerres étaient fréquentes, et le guerrier avait peu de temps pour récupérer. Durant le temps de guérison, il était souvent impossible de manger, à cause du gonflement du visage. Pour y arriver, on versait de la nourriture liquide dans un entonnoir en bois, jusqu'à ce que le guerrier soit à nouveau capable de s'alimenter normalement. Bien que les tatouages se fassent surtout sur le visage, les guerriers du nord d'Auckland se faisaient des tatouages en spirale sur les fesses, et souvent jusqu'au genoux. Les femmes étaient moins tatouées. Leurs lèvres étaient soulignées, habituellement de bleu foncé. Leurs mentons étaient tatoués, et parfois quelques lignes fines décoraient les joues et le front.
Depuis vingt ans, la Nouvelle-Zélande demande le retour au pays de ces têtes momifiées et tatouées de ses ancêtres maoris, peuple autochtone de Nouvelle-Zélande originaire de Polynésie, qui firent l'objet de trafics entre collectionneurs jusqu'à la fin du XIXe siècle.
La première restitution a été opérée par la Suède en 1987. Neuf pays ont ensuite rendu plus de 300 restes humains maoris en vue d'une sépulture selon les rituels spécifiques à ces populations.
En octobre 2007, Sur proposition de son Maire, Pierre Albertini, le conseil municipal de Rouen vota la restitution de la tête maorie détenue depuis 1875 par le muséum municipal d'histoire naturelle. Mais le tribunal administratif annula ensuite cette décision, pour des raisons juridiques, à la demande du Ministère de la Culture, au nom de l'inaliénabilité du patrimoine. Un comité se soutien voit alors le jour, dans l'attente qu'une loi autorise le retour de la tête maorie sur la terre de ses ancêtres.
Forte de la conviction que cette tête maorie n'est pas un objet de collection, mais qu'il s'agit d'un reste humain provenant d'actes barbares, Catherine Morin-Desailly a continué le combat, pour que Rouen ouvre la voie à un geste éthique, fondé sur le respect de la culture des peuples et de la dignité que porte chaque personne humaine.
Hier, le rapport sur la proposition de loi visant à la restitution des têtes maories qu'elle a élaborée, a été voté à l'unanimité par la Commission des affaires culturelles du Sénat.
Alors que le nouveau Ministre de la Culture, Frédéric Mitterand, y prononcera sa première intervention, le Sénat examinera onc lundi prochain en séance publique une proposition de loi permettant le retour en Nouvelle-Zélande des têtes maories détenues par les musées français. Une première étape.
Il en existe une quinzaine dans les collections publiques de l'Hexagone, outre celle de Rouen, dont six à huit au musée du quai Branly à Paris.
23:27 Ecrit par Rouen Perspectives dans Vie municipale | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note







Commentaires
Ecrit par : edouard lefevre | 25.06.2009
Répondre à ce commentaireGauche divisée, modem moribond, nouveau centre sarkosiste, UMP qui joue au pati pésidentiel, des écolos qui s'y voient déjà (plusdure sera le retour à la réalité).
Allez, les démocrates refaites l'histoire avec la tête Maori, mais méfiez-vous qu'une autre histoire ne vienne pas nous hanter.
Un FN qui reprend des couleurs, c'est grave certes, mais ce qui est plusinquietant, c'est l'absence de proposition politique des partis que l'on surnomme "traditionnels ( que je déteste ce terme !!!!)
Ecrit par : Fred Quillet | 29.06.2009
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